• Martial

Pedro Martins, un projet qui s’essouffle


Alors que l’Olympiakos ne disputera pas l’édition 2021-2022 de la Ligue des Champions, Pedro Martins entame sa dernière année de contrat en même temps que sa quatrième saison sur le banc. La fin d’un cycle ?


Tout projet comprend des moments difficiles. Des échecs, des contre-performances, des déceptions : bref, des soirées où pas grand-chose ne se passe comme prévu. Et à ce titre, le match retour face à Ludogorets fait partie de ces soirées dont on se souviendra longtemps, pas que pour son issue. Un carton rouge, un csc, deux pénaltys dans le temps réglementaires, une prolongation, et enfin une cruelle séance de tirs aux but qui fait s’envoler les rêves de Ligue des Champions. Difficile de faire pire.


Le constat, lui, est clair : l’Olympiakos ne verra pas, pour la saison 2021-2022, la coupe aux grandes oreilles. Ni l’argent qui va avec. Un échec ? Assurément, puisque l’adversaire ne semblait pas hors de portée, loin de là. Mais avec la quantité de facteurs contraires (Covid, blessures) et certains choix malencontreux, difficile de ne pas y voir une quelconque logique, même si l’Olympiakos sort sans perdre et est “victime” de la suppression de la règle des buts à l’extérieur. Que faire, alors ? Là est tout l’intérêt de la soirée, finalement, surtout a posteriori : la réaction face à ce revers est probablement la clé du futur à court et moyen terme du club.


Anticiper, anticiper, anticiper...


Le premier constat qui s’impose est que ce groupe, qui a beaucoup gagné ces trois dernières années avec le technicien portugais, est probablement en fin de cycle. Si José Sa est parti, d’autres joueurs sont restés, probablement plus de manière subie qu’autre chose, à l’image de Mady Camara, Pape Abou Cissé ou Ruben Semedo, même si ce dernier paie sans doute le volet extra-sportif de sa carrière. À ce titre, un départ n’est jamais irremplaçable, même pour des joueurs de qualité. À condition, toutefois, qu’il soit anticipé, ce qui ne fut pas le cas avec Podence, Tsimikas et même Elabdellaoui, puisque ces trois postes ne sont pas “couverts” à l’heure actuelle plusieurs mois après. Et c’est là que le bât blesse, inlassablement.


Anticiper, justement, est le mot qui doit revenir dans tous les esprits. Oui, le club va souffrir de cette non-qualification, autant financièrement que sportivement avec les départs à venir. Mais jouer l’Europa League en étant dans le pot 1 est une belle consolation, et surtout un moyen idéal pour retrouver un peu de dynamique positive en Europe, même si le tirage (Fenerbahçe, Antwerp, Francfort) n’a rien d’aisé. Anticiper, d’ailleurs, le club l’a déjà fait par le passé, avec des profils comme Markovic, Apostolopoulos, Aguibou Camara, ou encore Algassime Bah, qui semblent prêts (surtout pour le Serbe et le jeune Camara) à prendre la relève dès la saison à venir. Sans parler des jeunes que l’on a pu voir, à l’image de Tzolakis ou Sourlis. Cette base doit être une aide sur laquelle s’appuyer pour repartir sur un nouveau cycle. Qui commence dès maintenant.


Anticiper, enfin, c’est tout ce que l’Olympiakos n’a pas fait depuis la conquête du dernier titre national, quasiment entérinée dès le mois de janvier dernier. L’ailier et le latéral gauche auraient dû arriver bien avant, histoire d’épauler Oleg Reabciuk qui a besoin d’un titulaire à ses côtés pour progresser, et pour remplacer aussi Bruma, dont le prêt n’apportait pas satisfaction. Deux postes majeurs qui, cumulés à la blessure de Fortounis et celle de Tiquinho qui, pour le coup, n’étaient pas anticipables, ont fait énormément défaut sur ces tours préliminaires pour le moment. Sans oublier Mathieu Valbuena et Youssef El Arabi, qui ne pourront pas éternellement maintenir leur niveau de performance si élevé. Et les débuts timides d’Onyekuru et Rony Lopes, dont la qualité intrinsèque est réelle mais dont le manque de rythme est perceptible, illustrent bien que le pire ennemi d’un club qui gagne des titres, c’est bien le manque de planification pour rester au sommet.


Que faire avec Martins ? Évidemment, la question s’est posée. Et à juste titre, il faut bien le dire, tant ses décisions ont déçu depuis quelque temps, y compris la saison dernière avec les play-offs et surtout la finale perdue en Coupe face au PAOK. Pedro Martins doit-il être démis de ses fonctions ? Impossible de répondre sans maîtriser tous les éléments. Pourtant, on pourrait voir la chose d’une autre manière : en fin de contrat en juin 2022 - soit en juin prochain - le technicien portugais vit probablement sa dernière saison avec l’Olympiakos. Difficile, en effet, de l’imaginer prolonger, et difficile d’imaginer le club le renvoyer en cours de saison après autant de succès, même si la période est incontestablement plus compliquée. Alors, avec cette donnée en tête, l’Olympiakos peut quasiment déjà plancher sur le profil de son successeur, et prendre le temps de bien le choisir… comme le Portugais l’avait été avant même la fin de la saison 2017-2018 qui était alors en cours.


Si l’on en revient à notre maître-mot, anticiper, imaginer une fin la saison prochaine permet de se préparer à l’après. Quatre années, à l’échelle d’un club aussi instable que l’Olympiakos, et d’un championnat aussi peu organisé que la Superleague, cela paraît une éternité. Sans parler de la débauche d’énergie mentale et physique que requiert un travail comme celui d’entraîneur de l’Olympiakos. Et le leg de Martins sera assez énorme, au-delà des titres qui ne valent plus grand-chose en Grèce : de la stabilité, une vision à moyen-terme, un meilleur rayonnement sur d’autres marchés (la France, par exemple), une progression visible sur beaucoup de joueurs, et des succès éclatants en Europe même s’il aura peut-être manqué un petit quelque chose (Tottenham à l’extérieur, Wolverhampton, Arsenal 2020-2021) pour réaliser un très gros coup. Autant de fondations sur lesquelles l’Olympiakos peut (et doit) s’appuyer pour faire en sorte que ces années Martins mettent définitivement le club hors de portée de ses concurrents.


Mais le technicien portugais, à force de choix de plus en plus illisibles, commence à se mettre dans une situation délicate. La grande rentrée en Superleague face à l’Atromitos, ponctuée d’un 0-0 et d’une quantité d’occasions non-converties, n’est qu’un exemple de plus de l’impression qui se dégage : celle d’une fin de cycle qui pourrait arriver bien avant juin. Le dispositif tactique, tantôt en 4-4-2, 4-3-3 ou avec une défense à trois, change très (trop) souvent. Et l’alchimie avec les joueurs, qui était sans doute le principal point fort de ce groupe à la qualité indéniable, semble s’être volatilisée. Nous laissant, nous les fans, dans un océan de questions pour l’instant sans réelles réponses. La première journée de Ligue Europa à venir, et le mois de septembre au global, donneront une tendance. Reste à savoir dans quel sens les résultats feront pencher la balance. Parce qu’une fin de cycle, par définition, n’arrive pas toujours au moment précis où on l’a prévue.


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